SUR LES TRACES D'ABRAHAM ULRIKAB

LA DÉCOUVERTE DES RESTES DE DEUX FAMILLES INUITES DU LABRADOR DÉCÉDÉES EN EUROPE ALORS QU'ELLES ÉTAIENT EXHIBÉES DANS DES ZOOS

1880 Poster - Carl Hagenbeck's Thierpark
(Section de l'affiche utilisée en 1880 par le Carl Hagenbeck's Thierpark pour annoncer la présence des Inuits. Collection Hans-Josef Rollmann.)

Qui est Abraham Ulrikab? Quelle est son histoire?

Abraham and his family

En août 1880, deux familles « esquimaudes » quittent volontairement le Labrador pour l’Europe afin de devenir la plus récente attraction exotique de jardins zoologiques.  Les huit individus ont été recrutés par Johan Adrian Jacobsen pour le compte de Carl Hagenbeck, pionnier des spectacles ethnographiques (connus aujourd'hui sous le terme « zoos humains »). Depuis 1874, ces spectacles attirent les foules curieuses d’observer des « sauvages » provenant de divers coins de la planète. Avec l’embauche de ces « Eskimos », Hagenbeck espère répéter le succès obtenu en 1877 par un groupe du Groenland.

Parmi eux se trouve Abraham, un Inuk de 35 ans de foi chrétienne (église morave) qui habite la communauté de Hebron. Abraham est accompagné de son épouse, Ulrike (24 ans), de leurs deux jeunes fillettes, Sara (3 ans) et Maria (9 mois), d’un jeune célibataire, Tobias (20 ans), ainsi que d’une famille païenne, originaire du fjord de Nachvak, composée de Tigianniak (45 ans), Paingu (50 ans) et leur fille Nuggasak (15 ans).

Malheureusement, Jacobsen et Hagenbeck omettent de prendre une mesure imposée par la loi allemande: les vacciner contre la variole. Une erreur fatale. Moins de quatre mois après son arrivée en sol européen, le groupe n’existe plus, tous ayant été emportés par la variole. Les trois premières victimes meurent en Allemagne. Les cinq autres, dont Abraham, meurent à Paris.

Lettré, Abraham a documenté ses états d'âmes et son séjour dans son journal personnel et dans quelques lettres.  Ses écrits nous donnent un aperçu sur ce qui s'est passé lorsque le groupe était exhibé en Allemagne (Hambourg, Berlin, Frankfurt, Darmstadt, Krefeld) et à Prague. Malheureusement, ses textes sont silencieux au sujet leur séjour à Paris et, jusqu'à aujourd'hui, personne n'a tenté d'élucider des événements survenus à Paris avant et après la mort des Inuits.

Voici une vidéo qui a été préparée en 2013 dans le but de vous présenter les huit Inuits et de faire un sommaire de leur histoire telle qu'elle était alors connue :

Qu'est-ce que ce projet visait à trouver?

Ces Inuits ne se sont pas tout simplement volatilisés! Ils doivent avoir laissé des traces à Paris. Quelle a été la séquence des événements du moment où ils sont arrivés à Paris jusqu’au moment où ils sont morts? Où sont leurs traces? Où ont-ils été inhumés? Qu'est-il advenu de la calotte crânienne de Paingu que Jacobsen dit avoir transportée dans ses bagages puis remise à un professeur à Paris? Est-ce que les artefacts qu'il a recueillis dans des sépultures à Hebron, puis vendues au musée du Trocadéro, se trouvent toujours à Paris?

En 2010, après sa lecture du livre The Diary of Abraham Ulrikab: Text and Context contenant le journal d’Abraham, et intriguée par toutes ces questions sans réponses, France Rivet s’est mise à fouiller. De découverte en découverte, des pans insoupçonnés de l’histoire sont apparus. Ce qui ne devait être qu'une recherche effectuée durant son temps libre a pris  une ampleur inattendue et s'est métamorphosé en une activité à temps plein.


Communauté de Hebron (aujourd'hui abandonnée), lieu d'origine d'Abraham.

Les ossements des Inuits sont retrouvés

Ses quatre années de recherche et trois voyages en Europe ont permis à France de mettre en lumière la possibilité de changer le cours de l’histoire d'Abraham. En effet, le vœu exprimé d'Abraham de rentrer au Labrador pourrait devenir une réalité puisqu'un musée national français détient les squelettes d'Abraham, de son épouse Ulrike (24 ans), de leur fillette Maria (13 mois), de Tobias (20 ans), et de Tigianniak (45 ans). De plus, le crâne de Sara (3 ans), fillette qu'Abraham et Ulrike ont dû abandonner en Allemagne, a été retrouvé dans la collection ostéologique de Rudolf Virchow conservée à Berlin alors que la calotte crânienne de Paingu (50 ans), épouse de Tigianniak, est également à Paris. Les restes, partiels ou entiers, de sept des huit Inuits ont donc été localisés.


Fjord du Saglek, Parc national des Monts-Torngat

Le livre Sur les traces d'Abraham Ulrikab réécrit l'histoire d'Abraham

Publié en août 2014, ce récit historique hors du commun vous permettra :

  • de suivre pas à pas le parcours des Inuits, de leur départ du Labrador jusqu'à leur mort en Europe;
  • de découvrir comment les ossements des Inuits se sont retrouvés dans les collections anthropologiques de musées français et allemands, et s'ils ont été montrés publiquement;
  • de lire les notes émouvantes d'Abraham, lui qui parmi plus de 35,000 exhibés (des années 1870 aux années 1930), est l'un des rares à avoir laissé un témoignage écrit de sa vision d'exhibé;
  • de comprendre cette histoire au travers des écrits des principaux acteurs du XIXe siècle : Johan Adrian Jacobsen, les journalistes qui ont écrit sur la présence des Inuits en Europe, les missionnaires moraves qui s'opposaient au départ d'Abraham ou qui les ont visité au zoo à Berlin, les anthropologues qui ont étudié les Inuits avant ou après leur mort, les médecins qui ont admis les Inuits à l'hôpital de Paris ou qui ont effectué les autopsies, le préfet de police qui a autorisé l'exhumation, etc.
  • de lire l'intégralité du rapport de la commission d'enquête sur la mort des Inuits. Découvrez leurs conclusions à savoir où la contamination a eu lieu et qui en sont tenus responsables.
  • de mettre des visages sur la majorité des personnes qui ont eu un rôle à jouer dans cette tragique histoire.

Ce qu’ils disent de Sur les traces d'Abraham Ulrikab

Félicitations pour votre livre que j'ai lu. Ce que j'aime vraiment à son sujet, mis à part la bonne recherche, la documentation, et les photos introduisant toutes les personnes et les lieux concernés, c'est le fait que vous présentez les faits historiques de tous les points de vue, mais ne jugez pas.  (traduction du texte original en anglais)

Hilke Thode-Arora, anthropologue spécialisée dans les des spectacles ethnographiques de la période coloniale, Munich, Allemagne

J'en profite pour vous dire que j'ai terminé votre livre sur Ulrikab et les siens. Je le trouve vraiment très bien et agréable à lire. Vous avez fait un énorme travail de documentation. Quelle histoire tragique, dont on se dit qu'elle aurait pu et dû être évitée. Et les anthropologues nous paraissent a posteriori bien indélicats. Mais c'étaient les mœurs de la république universaliste et sûre d'elle-même...

Dr. Philippe Mennecier, responsable à la retraite des collections d'anthropologie biologiques, Muséum national d'histoire naturelle, Paris, France

... je voulais vous féliciter très vivement pour le travail que vous avez fait sur Abraham Ulrikab. Si cela avait été une Thèse de Doctorat, je vous l'aurais attribuée avec plaisir avec la mention Cum Laude : De toutes les études que j'ai lu sur les "visiteurs" du Jardin d'Acclimatation, la vôtre est la plus fouillée et de loin la meilleure.

Gérard Lévy, Expert-marchand pour la photographie des origines à 1940 (spécialisation pour les spectacles ethnographiques du Jardin d'acclimatation), Paris, France

J'ai, dans un premier temps, pris connaissance de l'histoire d'Abraham dans le magazine Up Here à bord d'un vol de Canadian North vers Inuvik. Vous m'avez vraiment ouvert les yeux - encore plus grands - sur les questions culturelles et les défis auxquels sont confrontés les peuples autochtones au Canada, et sur le contexte historique qui nous a conduits ici. (traduction du texte original en anglais)

Ken Koshgarian, Saskatoon, Saskatchewan, Canada

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Quelques points importants à comprendre avant de lire Sur les traces d'Abraham Ulrikab

  1. Ce livre peut être lu comme de façon indépendante mais il est important de comprendre qu'il est publié dans le cadre d'un effort beaucoup plus large qui vise à rapatrier au Canada les restes des Inuits découverts en Europe.
  2. L'objectif principal du livre est de fournir au gouvernement du Nunatsiavut et à la communauté inuite du Labrador, autant de détails que possible sur les événements survenus en Europe il y a 134 ans. Ceci dans le but de les aider à décider s'ils initieront ou non la demande de rapatriement.
  3. Le livre étant destiné à servir un objectif si important, nous avons déterminé que, pour qu'il soit le plus utile possible aux décideurs et à la communauté, il se devait fournir les transcriptions / traductions complètes des documents de source primaire originaux. Nous sommes conscients que certains lecteurs seront déçus de ne pas y trouver d'analyses ni d'interprétations. Celles-ci seraient pourtant si utiles, en particulier pour les sections telles que les études du 19e siècle portant sur les cerveaux des Inuits. À moins que vous ne soyez un neurologue, elles vous laisseront très probablement totalement confus. Ce fut notre cas! Cela dit, notre recherche sur l'histoire d'Abraham a soulevé des centaines de questions et ce, sur un large éventail de sujets. À quoi ressemblait la vie à Hebron ou à Nachvak en 1880? Pourquoi est-ce qu'Abraham avait une peur bleue des catholiques? Ou encore, que savons-nous aujourd'hui à propos de la variole qu'ils ignoraient en 1880? Il était totalement irréaliste d'essayer de tenter de résoudre toutes ces questions à ce stade du projet, et honnêtement, nous ne savions pas où tracer la ligne. Par conséquent, la décision a été prise de se limiter à la publication des « données brutes » et de laisser l'analyse et l'interprétation pour une étape ultérieure.
  4. Une autre raison majeure qui a influencé notre décision est que nous voulions nous assurer d'offrir l'occasion à la communauté inuite de se réapproprier l'histoire d'Abraham en leur permettant de jouer un rôle actif et d'adresser eux-mêmes certaines de ces questions en suspend. Ils sont certainement les personnes les mieux placées pour répondre à bon nombre d'entre elles. Nous ressortions tous grandis d'une telle collaboration. Notre liste de choses à faire en 2015 inclut de nous pencher sur la meilleure façon de procéder pour concrétiser ce projet d'envergure.
  5. En attendant, le livre du professeur Hartmut Lutz The Diary of Abraham Ulrikab: Text and Context (disponible en anglais ou en allemand) inclue déjà de l'information contextuelle sur divers aspects de l'histoire d'Abraham. Nous invitons donc les lecteurs à le consulter ainsi que les nombreux ouvrages qui ont été publiés sur les « zoos humains » des XIXe et XXe siècles. La bibliographie fournit de nombreux titres qui pourraient être d'intérêt.
  6. S'il vous plaît, ne vous attendez pas le livre vous fournisse l'information la plus à jour sur le processus de rapatriement. Comme vous le comprenez maintenant, le livre devait être publié afin que ce processus décisionnel puisse être officiellement déclenché. Jusqu'à ce que les restes humains soient ramenés au Labrador, et qu'une version finale du livre soit publiée pour faire rapport sur ces chapitres qui n'ont pas encore été écrits, vous devrez compter sur le site Web et l'infolettre d'Horizons Polaires, sur les communiqués de presse du gouvernement du Nunatsiavut, sur la presse, sur les médias sociaux, etc., pour être informés de l'état actuel du rapatriement. Le gouvernement du Nunatsiavut et la communauté inuite du Labrador sont les seuls qui boucler la boucle sur cette triste histoire et ils le feront selon leurs propres termes, conditions et calendrier. Puissent nos efforts leur être utiles.

Le journal de Johan Adrian Jacobsen - Voyage avec les Eskimos du Labrador, 1880-1881

Pour bien comprendre les événements de 1880, il nous semblait essentiel que le journal de Johan Adrian Jacobsen soit publié. Horizons Polaires a donc pris en charge les traductions française et anglaise de ce journal ainsi que leur publication. Voyage avec les Eskimos du Labrador, 1880-1881, vous permettra de découvrir les états d'âme de ce jeune homme de 27 ans tout au long du périple; de sa quête infructueuse pour recruter des « Eskimos » au Groenland, son désespoir de voir qu'au Labrador les missionnaires moraves s'opposent eux aussi à son projet, sa jubilation lorsqu'Abraham accepte de l'accompagner avec sa famille, son étonnement devant la scène où Tigianniak et Paingu se servent de leurs pouvoirs chamaniques pour calmer une tempête sur l'Atlantique, jusqu'au choc suite au deux premiers décès alors que les médecins confirmaient qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter, suivi du moment où Abraham se voit dans l'obligation de remettre sa fillette de trois ans aux soins d’un hôpital en Allemagne puis l'horreur d'être admis au pavillon des varioleux de l'hôpital Saint-Louis de Paris où tant les « Eskimos » que les Européens souffrent et meurent autour de lui.

« Lorsque j’allai voir Ulrike peu après minuit, je vis que son combat touchait à sa fin. J’essayai de la réconforter, mais elle me fit signe que non de la main comme si elle ne voulait plus me voir; ce qui d’ailleurs n’était pas étonnant, car elle savait que tous les autres l’avaient précédée. Et je me sentis dans une certaine mesure coupable. ... Malheureux êtres humains. Leur mort, je ne l’ai pas voulue, et pourtant, si je n’étais pas allé au Labrador, comme tous leurs parents, ils vivraient encore. »

Ce qu’ils disent de Voyage avec les « Eskimos » du Labrador, 1880-1881

J'ai lu d'un trait le livre Voyage avec les Eskimos du Labrador 1880-1881. Quelle triste histoire et tout ceci parce que l'on avait négligé d'administrer un vaccin disponible. Ce livre, un journal particulier un peu répétitif est un très utile complément au "Diary of Abraham Ulrikab". Les deux illustrent l'attitude d'exploitation des européens pour fin commerciale et la curiosité des Inuit qui veulent voir les merveilles d'un pays qu'ils ne peuvent imaginer.

Denis Saint-Onge, O.C., Professeur émérite, Département de géographie, Université d’Ottawa, ON

WOW! Quel livre super. Je l'ai lu d’un seul coup. Il est vraiment passionnant et offre une vue fascinante de l'époque.  (traduction du texte original en anglais)

Marianne Stenbaek, professeur d’études culturelles au département d’anglais de l’Uni­ver­sité McGill, Montréal, QC

Je viens de terminer la lecture du Voyage avec les Eskimos du Labrador, le journal de Jacobsen. J'ai beaucoup aimé!!! Un peu comme Johan Adrian a entamé son voyage, j'ai débuté lentement ma lecture, puis je me suis prise à suivre avec attention les événements. Et à être émue et attristée de la mort des "Eskimos". Ce journal ressemble à un suspense dont on connaît la fin, mais où on cherche à comprendre les circonstances qui ont mené à leur mort.

Sylvie Pinsonneault, Montréal, QC

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Comment ce projet a-t-il vu le jour?

Si vous êtes curieux d'en connaître davantage sur comment ce projet de recherche a vu le jour, nous vous invitons à lire le texte suivant publié sur le blogue d’Horizons Polaires: Bon Voyage Lyubov Orlova! Le projet  « Sur les traces d'Abraham Ulrikab » te remercie!


Fjord de Nachvak, Parc national des Monts-Torngat.

Comment pouvez-vous nous aider à continuer les recherches?

Vous pouvez nous aider en:

  • Procurez-vous un exemplaire des livres Sur les traces d'Abraham Ulrikab et Voyage avec les Eskimos du Labrador, 1880-1881 actellement disponibles dans la librairie en ligne d'Horizons Polaires, par l'entremise du réseau d'Amazon ou de multiples détaillants en ligne. Toute librairie devrait également être en mesure de les commander pour vous s'ils ne sont pas sur leurs tablettes, et ce, tant en français qu'en anglais.
  • Si vous connaissez quelqu'un dans la communauté inuite qui croit être relié aux familles d'Abraham, Ulrike, Tobias, Tigianniak ou Paingu, SVP demandez-leur d'entrer en contact avec nous. Nous sommes à la recherche de descendants des inuits décédés en Europe.
  • Pour nos amis européens, si vous vous souvenez avoir vu des photographies ou des documents reliés à ces huit Inuits dans les album-photos ou vos archives familiales, contactez-nous.  Des affiches étaient placardées dans tout Paris annonçant la venue des « Esquimaux » au Jardin d'acclimatation. Nous savons également qu'Abraham a signé de multiples autographes et fait des dessins pour la foule venue les voir. Ne serait-il pas fantastique de retracer un document portant sa signature originale?

Un grand merci de votre support, de vos encouragements et de votre intérêt.

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