Join us / Suivez-nous

Polar Horizons’ Newsletter

Get the latest on our polar adventures. Don’t wait! Subscribe today.

Infolettre d’Horizons Polaires

Recevez les dernières nouvelles à propos de nos aventures polaires. Inscrivez-vous aujourd’hui!

Categories / Catégories

Archives

La ruée vers l’or du Klondike (partie 1) : sur la trace des chercheurs d’or

[facebook_ilike]

English version of this post.

Un des objectifs que je m’étais fixée pour mon voyage au Yukon du mois de mai dernier était de suivre le parcours qu’avait emprunté, il y a plus de 100 ans, les dizaines de milliers de prospecteurs d’or qui s’étaient rués vers le Klondike dans l’espoir d’y faire fortune. Cet intérêt pour la ruée vers l’or m’est venu de trois événements :

Statue à la mémoire des chercheurs d'or - Centre-ville de Whitehorse

  • En novembre 2010, lors d’un séjour à Winnipeg, j’ai assisté à une conférence de l’auteure Charlotte Gray qui venait de publier son roman Gold Diggers. Par le passé, j’avais bel et bien entendu parler du Klondike mais en termes bien généraux. C’était la première fois que j’associais des noms, des visages et des histoires bien concrètes et humaines à la ruée vers l’or. J’en suis sortie fascinée avec, bien évidemment, une copie du livre en mains!
  • L’hiver dernier, un ami, Alain, m’apprend que son arrière-grand-père maternel, Adélard Brouard, faisait partie de la horde de prospecteurs qui ont tenté de faire fortune au Klondike. Adélard était parti de St-Henri-de-Lévis en 1898, laissant derrière lui sa femme enceinte et six jeunes enfants. L’histoire d’Adélard est plutôt tragique puisqu’il a perdu la vie au Klondike. À l’été 2010, Alain et son épouse s’étaient rendus à Dawson City dans l’espoir de retrouver la tombe d’Adélard. Je leur avais alors promis que lorsque j’irais au Yukon à mon tour, j’essaierais de me rendre jusqu’à Dawson City pour saluer Adélard! La ruée vers l’or avait maintenant un nom, un visage et une histoire bien de chez nous! Nous y reviendrons!
  • Quelques semaines avant de m’envoler pour le Yukon, je tombe par hasard sur une entrevue avec Mylène Gilbert-Dumas, l’auteure de la trilogie Lili Klondike (http://www.coteblogue.ca/articles/voyager-avec-lili-klondike-entrevue/) racontant l’histoire de deux jeunes femmes québécoises parties pour le Klondike en 1898. À la lecture du premier tome, je suis à nouveau estomaquée par le courage, la détermination et la persévérance de ces hommes, femmes et enfants qui ont entrepris un tel périple. Souvent, je me dis que l’aventure était tout simplement insensée tellement les embûches et défis y sont plus grands que nature (Tiens! C’est le slogan qu’utilise le Yukon dans ses campagnes publicitaires!!). Ma curiosité me pousse à aller à Bibliothèque et Archives Canada à Ottawa pour consulter quelques journaux personnels rédigés par ceux-là même qui ont vécu la ruée vers l’or ainsi que des volumes qui parlent de la présence canadienne-française au Klondike.

Pendant mon séjour de 3 semaines, j’ai été en mesure de parcourir (en voiture et non pas à pied ni en radeau! ) la majeure partie du trajet emprunté par les chercheurs d’or, du moins ceux qui débutaient leur périple à Skagway en Alaska.

Le but du présent texte, et de quelques autres qui vont suivre, est de vous décrire, en mots et en images, le trajet qu’empruntaient ceux qui se rendaient à Dawson City en passant par Skagway ou Dyea, en Alaska . Malheureusement, je n’ai pas eu la chance de visiter Skagway/Dyea ni de parcourir la portion qui les relie au Lac Bennett. J’espère que ce n’est que partie remise et qu’un futur voyage me permettra de compléter le trajet. Et, pourquoi pas, de marcher une portion de la Chilkoot et/ou de la White Pass Trail pour mieux saisir tous les efforts qu’ont déployés les chercheurs d’or à transporter leur tonne de matériel et de vivres par les cols White ou Chilkoot. Ce trajet, qui s’effectue en quelques heures aujourd’hui par la route, nécessitait près de 3 mois aux chercheurs d’or qui devaient faire des dizaines et des dizaines d’aller-retour pour réussir à traverser tout leur matériel et à parcourir la cinquantaine de kilomètres qui les séparaient du Lac Bennett. Chaque montée nécessitait près de 10 heures et leur permettait de transporter une trentaine de kilogrammes de matériel.

Notre périple débute donc à Carcross, à l’extrémité nord du Lac Bennett. À l’époque, une fois leur tonne de matériel rendue sur les berges de l’extrémité sud du Lac Bennett, les chercheurs d’or devaient se construire un radeau ou un bateau afin de pouvoir entreprendre la seconde partie de leur périple : naviguer sur le fleuve Yukon jusqu’à Dawson City situé à près de 800km plus au nord.

En regardant la vue ci-dessous du lac Bennett, prise à partir de la plage de Carcross, imaginez-vous être à la fin mai 1898 alors qu’un défilé de plus de 7,000 bateaux/radeaux transportant plus de 28,000 personnes franchit la pointe et se dirige vers vous! Quelle scène incroyable ce devait être!

Lac Bennett vu de la plage de Carcross

Rendus à Carcross, tous empruntèrent par la suite le chenal Nàtàse Hîn (« eaux traversant le chenal » en langue Tlingit) reliant le Lac Bennett au Lac Narès. Le pont ferroviaire que l’on aperçoit sur la photo n’existait pas en 1898 alors que l’emplacement actuel de Carcross abritait simplement un poste de la Police à cheval du Nord-Ouest.

Communauté de Carcross et le chenal Nàtàse Hîn vus de la route du Klondike

Le village de Carcross a été établi deux ans plus tard, soit en 1900, par le White Pass & Yukon Route Railroad pour l’entretien du chemin de fer reliant Skagway à Whitehorse. La construction de ce chemin de fer débuta en 1899 et le tout dernier crampon fut planté à Carcross le 29 juillet 1900 à 5PM. Cette route ferroviaire a été en fonction de 1900 à 1982. Aujourd’hui, durant la saison estivale des excursions entre Carcross et Skagway sont offertes aux touristes.

Pont ferroviaire de Carcross emprunté par le White Pass & Yukon Route Railroad effectuant la liaison avec Skagway en Alaska.

Du côté nord du chenal, le long de la Promenade Waterfront, on peut apercevoir des cabanes en rondins dont la construction remonte à l’époque de la ruée vers l’or.

Cabanes de prospecteurs datant de la ruée vers l'or

Vue rapprochée d'une cabane en rondins

Donc, après avoir quitté Carcross, les radeaux s’engageaient sur le Lac Narès. Son nom lui a été donné en souvenir de Sir George Strong Nares, officier de la Royal Navy britannique. Ce dernier a participé aux recherches de l’expédition de Sir John Franklin en 1852-54. En 1875, dans le cadre d’une expédition à la recherche du pôle Nord, il devint le premier explorateur à franchir le détroit entre Groenland et l’île d’Ellesmere.

Lac Narès

Après avoir traversé le Lac Narès, les prospecteurs faisaient leur entrée sur le Lac Tagish, un des plus grand lac du sud du Yukon, avec sa longueur de 100 kilomètres. Le lac comporte deux bras : le Windy Arm (que les prospecteurs francophones appelaient “Bras Venteux”) situé au Yukon et le Taku Arm qui lui se trouve majoritairement en Colombie-Britannique. À l’intersection du Lac Narès et du Windy Arm se trouve l’île Bove, nommée en souvenir d’un lieutenant de la marine italienne.

Ile Bove. Le Lac Narès se trouve à la gauche, le "Bras Venteux" (Windy Arm) à droite de l'île et le Lac Tagish se profile au haut de l'image

À l’extrémité nord du Lac Tagish, les prospecteurs empruntaient ensuite la rivière Tagish, aussi appelée Six-mile River, qui se déverse dans le Lac Marsh.

La rivière Tagish

Avant d’accéder au Lac Marsh, les prospecteurs devaient d’abord s’arrêter aux abords de la rivière Tagish pour s’enregistrer et subir une inspection par les agents de la Police à cheval du Nord-Ouest. Dans le journal quotidien qu’il tenait (publié en 1996 sous le titre 17 Eldorado : Le journal d’un chercheur d’or au Klondike 1898-1902, le prospecteur québécois Lorenzo Létourneau, raconte la mésaventure de deux Anglais qui y ont tenter de passer le 26 juin 1899.

La police veut les empêcher de passer et les force à retourner à Bennett. Ces pauvres diables ont essayé de passer malgré tout en cachette. La police les a rattrapés et les a mis au cachot pour la nuit. Sur 100 personnes qui veulent passer, 75 sont obligées de retourner. Il faut avoir (d’après un avis affiché ici) au moins 2 mois de provisions et $500 ou six mois de provisions et $250 pour descendre le Yukon.

Lorenzo lui-même a eu quelques problèmes à passer. C’est finalement un autre francophone, Arthur Durand, qui a parlementé avec les agents les convaincant que Lorenzo était un de ses employés.

Aujourd’hui, une plaque commémore la présence de la Police à cheval du Nord-Ouest aux abords de la rivière Tagish. L’inscription sur la plaque se lit comme suit :

28,000 personnes prenant place dans 7,000 bateaux faits à la main sont passées par ici en route vers les champs aurifères du Klondike en 1898. Elles ont été inspectées par le détachement de Tagish de la Police à cheval du Nord-Ouest à environ deux milles en amont. Ce poste a été créé en octobre 1897 par l’inspecteur D.A.E. Strickland et cinq membres de la force. Il a servi de poste frontalier et de bureau de poste pour le sud-ouest du Yukon et pour la région du fleuve Stikine en Colombie-Britannique pendant le pic des années de la ruée vers l’or.

Poste de Tagish de la Police à cheval du Nord-Ouest

Lors de mon passage aux abords de la rivière Tagish, je n’ai pas été accueillie par des agents de la Police à cheval mais plutôt par un couple de cygnes trompette. Au printemps, cette section de la rivière Tagish (aussi appelée Tagish Narrows) est un haut-lieu de migration pour les cygnes et autre oiseaux aquatiques. Il est possible d’en voir jusqu’à 1000. Malheureusement, j’y suis arrivée quelques jours trop tard. La majorité des cygnes étaient déjà en route vers leur lieu de nidification plus au nord.

Cygnes sur la rivière Tagish

Pont de la rivière Tagish aussi appelé Six-mile river bridge

Une fois l’inspection passée avec succès, les chercheurs d’or étaient autorisés à continuer leur périple et amorçait l’étape de traverser le Lac Marsh.

Lac Marsh vu de Judas Creek

Finalement, après avoir navigué sur les 30 kilomètres du Lac Marsh, les prospecteurs pouvaient apercevoir les falaises du fleuve Yukon. Leur périple naval qui jusqu’ici s’était déroulé assez calmement se verra bientôt devenir beaucoup plus houleux!!

Pont sur le fleuve Yukon à l'extrémité nord du Lac Marsh

Le barrage Lewes est le premier d’une série de barrages à avoir été installé sur le fleuve Yukon. Il a été construit en 1922 dans le but de permettre la libération d’un afflux important d’eau au printemps pour aider à briser la glace des lacs situés en aval, accélérant ainsi le début de la saison de navigation. À l’époque un nombre important de bateaux à aubes naviguaient sur le fleuve entre Carcross et Dawson.

Fleuve Yukon avec le barrage Lewes en arrière-plan

Le barrage Lewes, le premier barrage sur le fleuve Yukon

À bientôt pour la suite de l’aventure qui nous mènera jusqu’à Whitehorse!
France

La ruée vers l’or du Klondike (partie 2) : le Canyon Miles et les rapides du Cheval-Blanc

1 comment to La ruée vers l’or du Klondike (partie 1) : sur la trace des chercheurs d’or

  • Pitro

    Récit très intéressant! Tu piques notre curiosité à en savoir plus sur les courageux québecois qui ont fait partie de l’histoire canadienne.

    Tu donnes un sens à tes voyages, c’est fantastique. Tant qu’à moi, j’aurais probablement passé à côté de tous ces détails, comme si cela faisait partie d’un paysage. Alors merci de prendre le temps
    de nous raconter, car si jamais je vais au Yukon
    je vais avoir des yeux différents.

    Tu as de très belles photos aussi, au plaisir de lire la suite…..

Leave a Reply

You can use these HTML tags

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>