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Créer la vidéo d’un projet de « crowdfunding »: les péripéties du projet “Sur les traces d’Abraham Ulrikab” – Partie 1

(English version of this post)

Bonjour à tous,

Depuis plusieurs semaines, que dis-je? Depuis maintenant près de 3 mois, je développe la description du projet « Sur les traces d’Abraham Ulrikab »en vue d’une demande de financement qui sera déposée sur une plateforme de « crowdfunding » (financement par la collectivité). Cette source de financement devrait me permettre, enfin je l’espère, de recueillir les fonds nécessaires pour retourner à Paris continuer les recherches sur les événements entourant la mort, en 1880, de cinq Inuits du Labrador.

Dans le cadre de cette demande, il me faut préparer la vidéo associée au projet. Bien que cette vidéo ne soit pas obligatoire, les diverses plateformes de financement sont unanimes comme quoi il s’agit là d’un précieux atout. J’ai donc pensé partager avec vous les étapes qui ont été nécessaires pour la création de cette vidéo. Peut-être qu’un jour vous aussi opterez pour cette méthode de financement afin de réaliser un projet qui vous tient à cœur. Tant mieux si le récit du “making-of” s’avère utile de quelque façon que ce soit.

Ce texte se veut également être une reconnaissance envers tous les contributeurs. Comme vous découvrirez ce fut un remarquable travail d’équipe. Je suis encore abasourdie de voir à quel point les étoiles étaient alignées pour que je puisse réunir toutes les pièces nécessaires à la réalisation de cette vidéo.

Je dois avouer qu’initialement, l’idée de devoir faire une vidéo était loin de m’enthousiasmer. Préférant grandement être derrière la caméra plutôt que devant, cette tâche était donc au bas de ma pile. Puis, le 2 novembre 2012, lors d’une réunion du sous-groupe Nature du Club de photographie Polarisé de l’Outaouais, la lumière fut! Bill Pratt, un photographe naturaliste de la région d’Ottawa, nous présentait des diaporamas sur ses voyages aux quatre coins du Canada et en Antarctique. Son premier diaporama comportait une série de photographies aériennes des Monts Torngat au Labrador, la région d’où était originaire Abraham Ulrikab. La minute que j’ai vu les photographies de Bill, l’idée m’est venue de raconter l’histoire d’Abraham par le biais de photos des Monts Torngat et du Labrador, d’extraits du journal d’Abraham suivi de photos de Paris. L’idée de préparer un diaporama plutôt qu’un vidéo me plaisait énormément surtout qu’avec ce concept, je n’aurais pas besoin d’apparaître devant la caméra. Quel soulagement!

Vue aérienne des Monts Torngat. Photo de Bill Pratt.

Vue aérienne des Monts Torngat. Photo de Bill Pratt.

Pendant que j’admirais les photos de Bill, je me suis souvenue qu’à peine un mois plus tôt, j’avais assisté à un spectacle de deux collègues photographes et musiciens, Gilbert Troutet et Louise Tanguay. À cette occasion, Louise avait interprété une de ses compositions au piano. La pièce m’avait touchée et je m’étais alors dit « Un jour, quand nous ferons un film sur l’histoire d’Abraham, c’est cette musique de Louise que nous devrions utiliser ». Nous étions au moins deux à avoir eu une pensée similaire puisque, aussitôt les dernières notes jouées, la dame assise à côté de moi s’était exclamée haut et fort « C’est une musique de film ça!! ».

Les photos de Bill et la musique de Louise! J’étais sur la piste d’une recette gagnante. Le résultat serait visuellement frappant, montrerait la majesté des paysages du pays des Inuits et le contraste entre leur lieu d’origine et celui où ils sont décédés. La musique de Louise viendrait créer le niveau d’émotion nécessaire pour toucher le cœur des gens.

Moins d’une semaine plus tard, Bill m’accueillait pour que je lui explique mon projet plus en détail. C’est avec enthousiasme qu’il accepta l’idée de voir ses photographies utilisées pour raconter cette tragique histoire. Toutefois, un petit détail nous chicotait : les photos de l’édifice de la mission morave à Hébron que Bill ou moi possédions semblaient trop récentes. Ce bâtiment emblématique de la communauté qui, depuis quelques années, subit une cure de rajeunissement, ne reflétait plus l’apparence qu’il avait au temps d’Abraham.

Édifices de la mission morave, Hébron, Labrador, 2009. Photo de France Rivet

Édifices de la mission morave, Hébron, Labrador, 2009. Photo de France Rivet

Mais qu’à cela ne tienne! Un appel au maître photographe Hans-Ludwig Blohm règla le problème. En 1993, Hans parcouru tous les fjords de la côte du Labrador au nord de Nain et il en rapporta des photos de Hébron montrant la construction originale des bâtiments. « Oui! Oui! France! Tu peux utiliser n’importe lesquelles de mes photos!! », me répondit Hans avec empressement. Une visite chez lui me permit donc de faire une sélection de photos prises à Hébron et dans divers fjords. L’illustration de la première partie de l’histoire était assurée.

Édifices de la mission morave, Hébron, Labrador, 1993. Photo de Hans Blohm

Édifices de la mission morave, Hébron, Labrador, 1993. Photo de Hans Blohm

Prochain défi : obtenir les versions électroniques des photographies prises des Inuits en 1880. Il était impensable de parler des huit Inuits sans que les gens puissent mettre un visage sur leurs noms. Les photographies qui m’étaient alors connues appartenaient à l’église morave située à Herrnhut en Allemagne. Toutefois, mon courriel envoyé à leur service d’archives (Unitätsarchiv) il y avait près de deux mois demeurait sans réponse. « Contacte Ragnhild », me lança alors Hans. « C’est ma nièce et c’est elle qui a publié la version allemande du journal d’Abraham en 2007. Elle pourra certainement t’aider ».

Abraham Ulrikab et sa famille. Photo prise à Hamburg en 1880. (Collection Unitätsarchiv, Herrnhut)

Abraham Ulrikab et sa famille. Photo prise à Hamburg en 1880. (Collection Unitätsarchiv, Herrnhut)

Effectivement, Ragnhild s’offrit pour fouiller dans ses archives et retracer les dites photos. Dans le temps de le dire, six photos des Inuits se retrouvèrent dans ma boîte de courriel. Surprise! Elles furent suivies quelques jours plus tard par un courriel du Dr. Kröger, l’archiviste de l’Unitätsarchiv qui, de retour d’un congé de maladie, m’en faisait également parvenir une version haute résolution. Youppi! Je pouvais donc en faire usage sans souci.

Une photo manquait à l’appel, celle du jeune Tobias. Je savais que l’auteur Kenn Harper (l’auteur de « Minik : l’esquimau déraciné ») en possède une dans sa collection. L’ayant croisé à peine un mois plus tôt à Washington, D.C. dans le cadre de la 18e conférence sur les études inuites, Kenn me racontait qu’il avait déniché cette photographie par pur hasard sur Internet. Kenn répondit à mon courriel me disant qu’il était en déplacement mais qu’il me ferait parvenir la photographie aussitôt rentré à la maison. Ce qu’il fit.

Maintenant convaincue que je serais en mesure de rassembler les photos nécessaires pour assurer un diaporama captivant, j’ai contacté Louise au sujet de la musique. Louise s’est immédiatement montrée intéressée. Toutefois, sa composition était uniquement dans sa tête, n’ayant jamais été écrite sur papier ni enregistrée. Puisque Louise devait partir sous peu pour donner un atelier de photographie à Hawaii (la chanceuse!!), elle ne pourrait s’y consacrer dans l’immédiat. Heureusement nous n’avions pas de date d’échéance impérative et mon but était de m’assurer d’avoir le meilleur produit possible. Donc, pas de problème! Ces quelques semaines me permettraient de terminer la recherche de photos, de compléter le montage, d’obtenir des commentaires de collègues, parents et amis, de l’ajuster en conséquence,… Donc, si tout allait bien, au retour de Louise nous serions prêts à intégrer sa musique.

L’histoire visuelle progressait bien mais il me manquait une image pour représenter l’histoire des Inuits en un clin d’œil. Où pourrais-je bien trouver une image adéquate? « Demandez et vous recevrez » dit le dicton! Hey bien! Peu de temps après, lors d’un échange de courriel avec le professeur Hans-Josef Rollmann de l’université Memorial à St-Jean, Terre-Neuve, ce dernier me faisait parvenir l’affiche qui était utilisée en 1880 par le Carl Hagenbeck’s Thierpark pour annoncer la présence des Inuits. Il m’envoyait également un document publié à Berlin en 1880 contenant diverses illustrations du périple des inuits. En un clin d’œil, mon vœu venait d’être exaucé! Que demander de plus?

Affiche utilisée en 1880 par le Carl Hagenbeck's Thierpark pour annoncer la présence des Inuits à Hambourg.

Affiche utilisée en 1880 par le Carl Hagenbeck’s Thierpark pour annoncer la présence des Inuits à Hambourg.

J’étais alors rendue à décrire la partie de l’histoire où les Inuits séjournèrent à Paris. Pas question d’inclure des photos de la tour Eiffel puisqu’elle n’y était pas en 1880. J’avais bien quelques photos du Jardin d’Acclimatation où les Inuits ont été exhibés mais je n’en avais pas suffisamment. C’est là que le déclic s’est fait : Manon!! Manon Francoeur, une collègue photographe du Club de photographie Polarisé de l’Outaouais, qui habite maintenant à Paris. Manon répondit à mon courriel en acceptant de trouver un trou dans son horaire pour se rendre au Jardin d’Acclimatation y prendre quelques clichés. Quelle chance! Le temps de l’année était idéal puisque nous étions à quelques semaines de la fin décembre, période à laquelle les Inuits ont séjourné à Paris. De plus, la température qui y prévalait était maussade et froide. Ce qui correspondait à ce qu’Abraham rapportait dans son journal en 1880. Une semaine plus tard, Manon m’envoyait ses photographies en me disant qu’elle avait été emballée par sa visite au jardin, un endroit qu’elle venait de découvrir pour la toute première fois et où elle avait bien l’intention de retourner. (Note : je ne serais pas du tout surprise d’apprendre que les participants au prochain atelier de photographie que Manon organise en collaboration avec Louise Tanguay iront faire un tour au Jardin d’Acclimatation.)

 Jardin d’Acclimatation, Paris. Photo de Manon Francoeur

Jardin d’Acclimatation, Paris. Photo de Manon Francoeur

Au début décembre la première ébauche du diaporama était enfin prête. Les deux premières personnes à y jeter un coup d’œil furent Bill et Hans Blohm. Leur première réaction à tous deux fut que le texte défilait trop rapidement, qu’ils n’avaient pas le temps de terminer la lecture. Bill suggéra qu’il serait possiblement plus efficace d’avoir un narrateur. Peut-être faudrait-il également engager un rédacteur pour trouver la meilleure formulation des phrases? Avant d’aller plus loin, Bill me proposa de présenter le diaporama à quelques amis photographes qu’il verrait en soirée. Quelle belle opportunité d’obtenir les premières impressions de personnes qui ne connaissaient absolument rien au projet.

Le lendemain matin Bill me téléphona pour me donner leur verdict. Le diaporama était plaisant, les photographies bien choisies. Mais, il était trop concentré à raconter l’histoire des Inuits alors que le but du projet de recherche, lui, était loin d’être clair. Les gens ne savaient pas ce qu’on attendait d’eux. Ils confirmaient également que l’idée d’un narrateur était une option à envisager. Il me fallait retourner à la table à dessin.

Après une demi-journée à visionner les vidéos de divers projets de « crowdfunding » ayant atteint ou surpassé leur objectif financier, une chose était devenue absolument claire : moi, le promoteur du projet, me devait d’être devant la caméra pour expliquer mon projet. C’était là le point commun entre toutes les vidéos regardées et ce, sans exception. Certaines vidéos avaient été réalisées à grand frais, d’autres pas du tout. Mais, en bout de ligne, le professionnalisme de la vidéo ne semblait pas jouer un rôle déterminant dans la décision des supporteurs puisque, dans le cas des vidéos amateurs, de multiples projets avaient réussi à excéder leur objectif financier. Cet exercice m’a permis de comprendre qu’avant de contribuer à un projet, les gens veulent absolument voir qui est le promoteur pour déterminer s’ils lui font confiance, s’il est passionné ou non pour son projet, s’il leur apparaît crédible, si le courant passe,…

Il me fallait donc prendre le taureau par les cornes et accepter de faire face à la caméra. J’ai mis de côté l’idée d’engager un rédacteur pour rédiger les textes puisque, si je voulais avoir l’air « vraie » devant la caméra, il me fallait expliquer le projet dans mes propres mots. Puisque le temps des fêtes arrivaient à grands pas, j’ai décidé de tout mettre de côté et de laisser le tout mûrir jusqu’à la nouvelle année.

Au début janvier, sur une période de cinq jours, j’ai travaillé à rédiger le script, à le remanier, à l’amputer encore et encore afin d’en limiter la longueur à moins de 5 minutes. À force de le retravailler, il est devenu évident que si je voulais expliquer le projet et raconter l’histoire des Inuits de façon adéquate, il était impensable de le faire dans une seule vidéo de moins de 5 minutes. Ces deux volets méritaient qu’on leur dédie une vidéo distincte à chacun.

La vidéo « officielle » du projet serait donc celle dans laquelle c’est moi qui s’exprime pour expliquer mon projet et pour inviter les gens à se joindre aux « Amis d’Abraham ».

La vidéo « bonus » serait le diaporama présentant l’histoire des Inuits en images et en musique. La majeure partie du diaporama original pouvait ainsi être sauvegardée. À la mi-janvier, une nouvelle version du diaporama fut présentée lors d’une réunion du Club de photographie Polarisé. Les commentaires de la vingtaine de personnes présentes ont été très pertinents. L’idée d’incorporer une narration a été soulevée à nouveau pour contrer le problème du défilement encore un peu trop rapide des textes. Après mûre réflexion, j’en suis toutefois venue à la conclusion que cette tâche représentait un montant de travail trop considérable (surtout qu’il fallait trouver un narrateur en français et en anglais) et je n’étais pas convaincue que tous ces efforts valaient l’investissement. J’ai donc opté pour une nouvelle série d’ajustements en éliminant des images et des textes non essentiels, réduisant la longueur de certaines phrases, rallongeant la durée d’affichage des photos et textes restants,…

L’avenir dira si ma décision était la bonne mais je suis convaincue que le diaporama dans son format actuel est plus que valable. Je mettrais ma main au feu que les personnes qui se sentent interpelées par l’histoire tragique d’Abraham Ulrikab prendront le temps de l’écouter malgré l’absence de narrateur.

J’ai eu la chance de rencontrer Louise la semaine dernière pour visionner le diaporama au son de sa musique. Le résultat est génial! Louise avait même pris le temps de retravailler sa pièce et de l’ajuster pour que le rythme suive celui des images. Il ne lui reste plus qu’à l’enregistrer en studio pour que je puisse ensuite l’incorporer au montage et faire de minimes ajustements.

J’ai très hâte d’être en mesure de vous présenter le diaporama. Mais ce n’est malheureusement pas pour aujourd’hui! Désolée! Il va vous falloir patienter encore un peu! J’espère malgré tout que cette introduction aura piqué votre curiosité et donné l’envie d’y jeter un coup d’œil lorsqu’il sera prêt.

Ah! J’oubliais! Qu’est-ce qui arrive avec l’autre vidéo, la vidéo « officielle »? Eh bien! Elle a été enregistrée en anglais mais j’attends des réponses de quelques contributeurs avant de la finaliser et de procéder à l’enregistrement en français. Je vous réserve la description de mes péripéties pour une prochaine fois 😉

Un grand merci à tous les collaborateurs mentionnés ci-dessus, Hans-Ludwig Blohm, Manon Francoeur, Kenn Harper, Dr Rüdiger Kröger, Bill Pratt, Hans-Josef Rollmann, Louise Tanguay et Ragnhild von der Linden d’avoir accepté si gracieusement et avec enthousiasme de contribuer au diaporama. Vous avez tous joué un rôle essentiel. Ce fut un véritable plaisir d’être en quelque sorte le chef d’orchestre qui s’est amusé à rassembler toutes vos parties en un tout.

Merci aussi à mes parents, mes amis, aux membres du Club de photographie Polarisé ainsi qu’aux amis de Bill qui ont pris le temps de donner des commentaires et ainsi contribué à la qualité du produit final. Quel excellent travail d’équipe!

Excellente journée à tous. Portez-vous bien! L’aventure continue.
France Rivet

4 comments to Créer la vidéo d’un projet de « crowdfunding »: les péripéties du projet “Sur les traces d’Abraham Ulrikab” – Partie 1

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