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Rencontre avec Jennifer Doubt, gestionnaire des collections de l’Herbier national du Canada

(English version of this post)

Au mois de février, le Musée canadien de la nature (MCN) a présenté une exposition de photos grand format intitulée C’est l’Arctique canadien!. L’exposition s’est tenue au parc de la confédération à Ottawa durant Bal de neige. Une des images présentées était un portrait de Jennifer Doubt, la gestionnaire en chef des collections de botanique du MCN, collections qui forment l’Herbier national du Canada.

Photo de Jennifer Doubt qui faisait partie de l'exposition "C'est l'Arctique canadien!"

Photo de Jennifer Doubt présentée dans le cadre de l’exposition “C’est l’Arctique canadien!”. Le portrait de Jennifer est l’oeuvre de Justin Bastien.

Aux côtés du portrait de Jennifer, se trouvait la citation suivante:

Le paysage de l’Arctique est enchanteur à tous égards. Pour les Canadiens qui habitent au sud du 60e parallèle et qui ont appris tout jeunes que l’Arctique était une importante région du Canada, voyager dans le Grand Nord, c’est un peu comme mettre le pied dans un coin du pays qui dormait dans leur imagination depuis très longtemps.

Jennifer Doubt
Conservatrice en botanique, Musée canadien de la nature

L'exposition "C'est l'Arctique canadien!"

L’exposition “C’est l’Arctique canadien!”.

La semaine dernière, le Musée canadien de la nature célébrait l’ouverture de sa plus récente exposition, Flore de l’Arctique canadien, qui présente une variété de spécimens conservés dans l’Herbier national. La moitié des spécimens a été cueillie il y a 100 ans par les membres de la première expédition arctique canadienne (1913-1916). L’autre moitié a été cueillie lors de récents voyages par l’équipe actuelle de chercheurs en botanique arctique du Musée, incluant Jennifer.

De plus, la fin de semaine du 20 et 21 avril 2013, l’équipe de spécialistes en botanique et des bénévoles du MCN, seront présents dans la Rotonde du musée pour expliquer comment les plantes arctiques de l’Herbier national sont collectées, préservées et étudiées. Ils ont hâte de partager leur passion avec vous.

Avec toute cette activité autour de l’Herbier national, j’ai pensé que maintenant serait l’occasion idéale pour avoir une conversation avec Jennifer à propos de sa passion pour l’Arctique. Voici donc une transcription de ma conservation avec elle. Bonne lecture!
France

Jennifer Doubt lors d'une expédition pour collecter des plantes arctiques. Photo par Roger Bull, Musée canadien de la nature

Jennifer Doubt lors d’une expédition pour collecter des plantes arctiques. Photo par Roger Bull, Musée canadien de la nature

À quel âge votre intérêt pour l’Arctique a-t-il été déclenché?

Eh bien, mon père était aussi très intrigué par l’Arctique. Quand j’étais très jeune, il me lisait des histoires sur cette région. Finalement, lorsque j’ai commencé à lire par moi-même, puis ensuite à l’école, j’ai fait beaucoup de lectures sur les aventures, fictives et réelles, de l’Arctique. Enfant, lorsque je colorais la carte du Canada, je passais beaucoup de temps à colorer l’Arctique et à me demander ce qui se trouvait là-bas.

Combien de fois vous êtes-vous rendue en Arctique? Dans quels coins de l’Arctique êtes-vous allée?

Ma première aventure nordique a eu lieu après que j’aie terminé ma maîtrise en Alberta. Après avoir obtenu mon diplôme, j’ai été consultante et j’ai commencé à travailler dans le nord de l’Alberta. Ce fut mon introduction aux zones comportant beaucoup de tourbières, là où les arbres étaient beaucoup moins hauts que ceux auxquels j’étais habituée en Ontario.

Ensuite, j’ai eu quelques opportunités sur la rivière Nahanni (Territoires du Nord-Ouest). La première était dans le cadre d’une étude sur les sources thermales où un étudiant cherchait certaines espèces d’asters dans le parc national Nahanni. J’ai eu la chance de l’accompagner pour étudier les mousses, ma spécialité. C’est à Nahanni que j’ai eu la “piqûre de l’Arctique”. Le secteur est tellement riche historiquement et il y a tellement d’histoires à raconter à propos des événements qui s’y sont déroulés. Ceux-ci sont très similaires à certaines des aventures, des intrigues et des difficultés rencontrées par les explorations en Arctique.

Je ne me suis pas rendue dans le Haut-Arctique avant 2004. J’ai fait partie d’une expédition pour essayer de retrouver une mousse rare qui a été documentée dans les années 1960. J’ai une image du spécimen qui a été recueilli à l’origine par Guy Brassard. Ce dernier travaille maintenant ici, à Ottawa. À l’époque il était un étudiant de troisième cycle. C’était son premier séjour dans le Haut-Arctique et il a trouvé un Bryum de Porsild (Mielichhoferia macrocarpa) nommé en l’honneur de Alf Erling Porsild, le “reindeer botanist” (le botaniste des rennes). C’est une espèce rare au Canada. Elle se trouve uniquement à Terre-Neuve, dans les Rocheuses de l’Alberta et de la Colombie-Britannique et dans l’Arctique. Alors nous sommes allés au fjord Tanquary (fjord sur la côte nord de l’île d’Ellesmere et situé dans le parc national Quttinirpaaq) pour essayer de trouver cette population de Bryum de Porsild que Guy Brassard avait trouvé et… Nous l’avons trouvé! Nous avons seulement passé cinq jours là-bas au début du mois d’août. L’automne commençait déjà à se faire sentir. Au premier ou deuxième jour nous avions trouvé ce que nous cherchions. Nous avons donc passé le reste de notre temps autour d’autres plantes.

Je me suis également rendue sur l’île Victoria avec le Musée canadien de la nature. Notre séjour de deux semaines s’est déroulé principalement près de Minto Inlet et un peu sur le côté ouest.

Puis, à l’été 2012, j’ai participé à une expédition de deux semaines en Arctique avec Students on Ice. Nous avons commencé à Iqaluit, navigué jusqu’à la côte sud-ouest de l’île de Baffin pour ensuite nous diriger vers le Groenland.

Vous rappelez-vous de vos toutes premières impressions quand vous avez mis le pied en Arctique pour la première fois?

Lorsque vous débarquez dans les communautés, il y a encore beaucoup de preuves de la présence humaine, et parfois il n’y a pas beaucoup de végétation autour. Ma première impression à ma sortie de l’avion n’était pas ce à quoi je m’attendais. Ceci dit, après avoir parcouru la région pendant un certain nombre de jours, ou suite à des voyages à d’autres saisons de l’année, on apprend à connaître la région de la même manière qu’on apprend à connaître une personne.

Quel est votre endroit préféré en Arctique?

Il y a tellement de beaux endroits où je voudrais retourner, mais en même temps, lorsque vous êtes sur un bateau ou dans un avion, vous voyez de nouveaux lieux qui sont presque plus attrayants.

Sur l’île Victoria, nous avons visité un beau lac où nous avons pêché du poisson pour notre souper. C’était un très bel endroit si riche en faune. Ça ne me dérangerait certainement pas d’y retourner, mais il y a des milliers et des milliers d’autres endroits. Donc, retourner à des lieux se ferait au détriment d’en découvrir de nouveaux.

Quelles ont été vos expériences/ rencontres inusitées ou vos plus beaux moments dans le Nord?

Le premier endroit qui me vient à l’esprit est l’île Lady Franklin, un endroit où nous sommes arrêtés lors de l’expédition avec Students on Ice. Nous avons observé, au loin, une ourse polaire et ses deux oursons. Le capitaine du navire a ralenti le navire puis l’a tourné de manière à ce que nous puissions continuer à les observer. Ensemble, les trois ours ont fait une sieste pendant un petit moment. Les étudiants observaient chacun de leurs mouvements. Puis nous nous sommes dirigés vers l’île Lady Franklin. Avant d’y débarquer nous avons fait un tour de reconnaissance en zodiac. Nous sommes arrivés près de l’île et avons aperçu un premier ours polaire qui nageait. Puis, un second ours sur la rive. Et puis, un peu plus loin, une autre mère ours polaire et son ourson. Je pense qu’en faisant le tour de l’île, nous avons probablement vu 10 ou 12 ours polaires. C’était incroyable pour moi! Il ne m’était jamais venu à l’esprit que nous verrions autant d’ours en un seul endroit.

L’île est entourée de falaises abruptes. Nous avons aperçu des ours sur des pentes moins raides ou parfois sur une petite encoche au sommet de la falaise. Ils étaient là à regarder nos zodiacs. Soixante-dix étudiants participaient à cette expédition, il y avait donc au moins six ou sept zodiacs. Ça doit avoir impressionné les ours. En tous les cas, eux m’ont impressionnée.

L’autre chose qui me vient à l’esprit est la fonte des glaciers du Groenland. C’était vraiment fascinant. Nous sommes entrés dans un fjord alors de gros morceaux de glace tombaient. Certains d’entre nous ont mis en place des caméras qui enregistraient en continu dans la direction où l’action se passait puisque nous ne pouvions pas prévoir quand les pièces allaient tomber. Par la suite, nous avons pu regarder les images au ralenti.

Je dois aussi mentionner la journée que nous avons passé à Iqaluit, l’été dernier. Bien que la glace de l’Arctique fond, la baie de Frobisher était remplie de glace. Donc, nous étions bloqués dans la ville et avons dû attendre plus longtemps que prévu pour nous monter à bord du navire. Pendant cette période d’attente, j’ai eu la chance de parler à une aînée inuite, qui était une experte des plantes. Elle a pris quelques heures pour faire le tour d’une colline à Iqaluit avec nous. Elle nous a montré comment elle récolte, prépare et utilise certaines plantes. J’ai été très impressionnée par tout ce qu’elle a dit. En fait, ses paroles nous ont été transmises par un interprète qui pouvait parler l’inuktitut et l’anglais.

À un moment elle a ramassé un tas de pétales et a dit qu’ils étaient utilisés par les jeunes femmes qui voulaient être attrayantes pour les jeunes hommes. Elle frotta les pétales sur tout son visage. Puis, elle a choisi un jeune homme qui était avec nous, a ramassé des pétales et les frotta sur son visage.

J’ai eu la chance de lui demander comment les inuits utilisent les différentes mousses, puisque les mousses sont ma spécialité en botanique. Encore une fois j’ai été vraiment impressionnée par ses réponses. Les livres ne fournissent que des usages très généraux, tels que frotter des casseroles ou absorber l’eau. Cette aînée était en mesure de décrire les utilisations qui sont beaucoup plus précises et directes. Par exemple, un certain type de mousse est utilisé pour ramasser quelque chose qui est coïncé dans un œil. Un autre est utilisé contre des maux d’estomac. C’était fascinant d’apprendre à quel point les plantes sont importantes et de constater que cette colline était en quelque sorte de sa cuisine. Tout avait une sorte de connexion ou un but.

Est-ce que l’Arctique vous a enseigné une leçon / vous a changé de quelque façon?

Un de mes collègues a une expression. Il dit qu’il “a l’Arctique dans la tête” quand il revient du Nord. Lorsque vous allez dans le Nord, vous devez en quelque sorte vous reconditionner afin d’être aux aguets pour des choses différentes. Dans le sud, les types de risques auxquels nous faisons face sont souvent associés à des choses qui font du bruit. Quand vous êtes dans le Nord et que vous surveillez pour les ours, vous cherchez à repérer des mouvements subtils. Vous devez être plus conscients et plus conscients de choses différentes. Ça nécessite un ajustement. Cette hyper-conscience fait en sorte que vous remarquez et appréciez beaucoup plus ce qui est autour de vous. Quand vous revenez dans le sud, vous avez encore “l’Arctique dans la tête”. Je trouve que je reviens avec une approche différente de mon entourage et des gens avec qui je suis en interaction.

Lorsque vous étiez dans le Nord, y avait-il quelque chose du Sud qui vous manquait?

Un petit ajustement a été requis pour arrêter de vérifier mes courriels à tout moment.

Quelle est une fausse idée que les gens du sud ont envers l’Arctique?

Qu’il fait toujours froid et que rien n’y pousse.

Y a-t-il d’autres commentaires / anecdotes que vous aimeriez partager?

Lors de mon premier séjouer en Arctique, nous profitions du soleil de minuit (24 heures de clarté). C’était lors de mon séjour sur l’île Victoria. C’était ahurissant pour moi de constater à quel point notre journée était décalée. Nous ne partions plus nécessairement à 9AM du matin pour revenir à 5PM. Il pouvait être 2PM quand nous terminions le pressage dess plantes. Nous pouvions donc très bien partir en expédition à 5PM et ne revenir qu’à minuit et il faisait encore jour.

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