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Annalise et Kurt Biedermann: Une passion sans cesse croissante pour l’Arctique et les Inuits

(English version of this post)

Oh la la! Je ne peux pas croire que deux mois se sont écoulés depuis mon dernier billet! Afin de rattraper mon retard sur les événements des dernières semaines, je voudrais commencer en vous présentant Annalise et Kurt Biedermann, un couple qui réside à Thayngen, un village du nord de la Suisse, près de Zurich et du lac de Constance.

Annalise et Kurt Biedermann devant la tapisserie "Combs of our ancestors"  (les peignes de nos ancêtres) durant l'exposition "Treasures of the Arctic" à Thayngen.

Annalise et Kurt Biedermann devant la tapisserie “Combs of our ancestors” (les peignes de nos ancêtres) durant l’exposition “Treasures of the Arctic” à Thayngen. (Photo fournie par Annalise Biedermann)

Ma première rencontre avec Annalise remonte à l’été 2011. C’est notre ami commun, Hans-Ludwig Blohm, qui a fait les présentations. Annalise était à Ottawa pour assister au 25e anniversaire de l’Inuit Art Foundation avant de visiter quelques-uns de ses amis sur l’île de Baffin. Dès les premiers instants, nous avons connecté. Malheureusement, le temps était limité pour échanger sur notre passion commune pour l’Arctique, mais nous nous sommes promis de rester en contact. Lorsqu’Annalise m’a informée qu’elle serait de retour à Ottawa pour quelques jours au début de juin, nous avons immédiatement pris des dispositions pour nous rencontrer. Ce que nous pensions serait une discussion pendant l’heure du lunch s’est étiré sur tout l’après-midi, pendant le souper puis une partie de la soirée!

Je n’ai jamais rencontré une personne avec autant d’étincelles dans les yeux, qui a un tel enthousiasme lorsqu’elle parle de l’Arctique et de ses amis inuits. J’étais fascinée par les histoires d’Annalise, par sa passion et sa gratitude envers tous ses amis inuits qui enrichissent sa vie. Notre discussion aurait pu continuer pendant plusieurs heures.

Mais, sans plus tarder, voici un résumé de notre discussion sur la façon dont la passion d’Annalise pour l’Arctique a été allumée et sur l’exposition qu’elle et son mari Kurt, ont organisée en 2010 pour partager, avec la population suisse, leurs connaissances de l’art et de la culture inuits.

Annalise avec son amie Elisapee à Pangnirtung. Juin 2013

Annalise avec son amie Elisapee à Pangnirtung. Juin 2013. (Photo fournie par Annalise Biedermann)

De quelle façon est-ce que votre intérêt pour l’Arctique s’est déclenchée?

Mon intérêt remonte aussi loin que je me souvienne. Il a probablement été déclenché à la maternelle lorsque j’entendais parler des «Esquimaux». Mais, la vie étant ce qu’elle est, d’autres priorités telles que la famille et le travail, ont gardé cet intérêt en veilleuse pendant de nombreuses années.

Puis, en 1990, j’ai assisté à un congrès sur le racisme à Toronto. À l’époque, je travaillais pour une fondation Suisse-Gipsy qui avait deux objectifs principaux: d’abord, obtenir des excuses et la réparation du Gouvernement suisse et, en second lieu, favoriser le regroupement des membres de familles Jenish. Les Jenish sont des citoyens suisses qui, jadis, étaient nomades. Ils sont une minorité suisse avec un destin semblable à celui des Inuits.

À Toronto, j’avais amené avec moi des poèmes d’un ami Jenish. J’ai traduit l’un des poèmes et l’ai lu lors d’une séance où nous formions un cercle avec les Premières Nations et les autres minorités. Durant ce congrès, j’ai aussi assisté à une présentation où Alootook Ipellie (graphiste, dessinateur, auteur du Nunavut) a lu des histoires et des poèmes de son enfance. J’ai été tellement touchée par ses mots que je me devais d’aller lui parler.

Alootook a été le premier Inuk que j’ai rencontré et c’est à ce moment que notre amitié a commencé. L’année suivante, Alootook est venu en Europe pour un festival de poésie en France. Mon mari Kurt et moi l’avons invité chez nous en Suisse. Alootook est devenu un ami proche de la famille. Plus je me familiarisais avec ses écrits, dessins et objets d’art, plus j’étais fascinée par le Nord et plus je voulais visiter l’île de Baffin, terre natale d’Alootook. Mon intérêt qui avait été mis en veilleuse depuis si longtemps était relancé! Et maintenant, je dois avouer que je n’ai pas le temps pour d’autres passions que celle pour l’Arctique!

 À combien de reprises avez-vous séjourné en Arctique?

Notre première visite sur l’île de Baffin est survenue en 1994. Kurt et moi sommes allés à Pond Inlet et, sur le chemin du retour, nous nous sommes arrêtés à Iqaluit où Alootook a grandi.

Depuis lors, nous avons séjourné sur l’île de Baffin à de multiples reprises! Merci à Alootook qui nous a présenté son incroyable patrie et la culture inuite. Nous nous sommes fait des amis fidèles à Pond Inlet, à Pangnirtung et à Iqaluit. Nous avons beaucoup appris sur la culture inuite et l’art inuit. Nous sommes toujours rentrés à la maison avec de merveilleux souvenirs et notre collection de sculptures inuites en stéatite, d’estampes, de livres, de cassettes musicales, etc. ne cessait d’augmenter.

En 1991, nous avons eu la chance d’aller en Alaska (Barrow, Anaktuvuk et Anchorage) pour visiter notre fils Reno qui prenait part à la tournée musicale “Up with people”.

Nous avons aussi fait une croisière le long des côtes du Groenland.

Mais, il n’en demeure pas moins que nous avons un lien particulier avec l’île de Baffin et c’est là que nous voulons continuer à y retourner!

Vous souvenez-vous de votre première impression lorsque vous avez mis les pieds en Arctique pour la toute première fois?

Quand je suis descendue de l’avion pour la première fois, il faisait froid et venteux! C’était tellement merveilleux!

21 juin 2013 : Flocons de neige à Iqaluit. "Quel bonheur!" dit Annalise.

21 juin 2013 : Flocons de neige à Iqaluit. “Quel bonheur!” dit Annalise. (Photo fournie par Annalise Biedermann)

De quelle façon partagez-vous votre passion pour l’art et la culture inuits?

Depuis plusieurs années, Kurt et moi voulions créer une exposition avec tous les trésors que nous avons ramenés de l’Arctique. Nous avions réalisé que les Suisses connaissent très peu la culture inuite, et nous voulions partager notre passion et nos connaissances avec eux.

La mort inattendue de Alootook en 2007 a ??renforcé notre volonté d’organiser une telle exposition. Plusieurs des oeuvres d’Alootook que nous possédons sont des dons personnels qu’il nous a fait. Nous avons reçu le travail de Alootook avec sa bénédiction et, plus important encore, avec son souhait que nous partagions aussi souvent que possible. Une telle exposition devenait donc une façon pour nous d’accomplir le souhait d’Alootook et d’honorer sa mémoire.

Ce n’est qu’en 2010 que l’occasion s’est présentée. Nous avons été tellement chanceux d’obtenir le soutien de notre communauté et du groupe culturel de Thayngen pour accueillir une exposition en hommage à Alootook dans leur centre culturel, une ancienne auberge du 17ème siècle. Cette exposition, intitulée «Trésors de l’Arctique – Art et culture des Inuit», s’est étalée sur trois étages.

Le centre culturel de Thayngen où l'exposition a eu lieu du 23 octobre au 14 novembre 2010.

Le centre culturel de Thayngen où l’exposition a eu lieu du 23 octobre au 14 novembre 2010. (Photo fournie par Annalise Biedermann)

Le travail d’Alootook (écrits, dessins et caricatures) a été montré en compagnie des œuvres d’artistes de Pangnirtung, Cape Dorset, Iqaluit et Kangiqsujuaq.

Certains des dessins d'Alootook Ipellie dans l'exposition "Trésors de l'Arctique" à Thayngen.

Certains des dessins d’Alootook Ipellie dans l’exposition “Trésors de l’Arctique” à Thayngen. (Photo fournie par Annalise Biedermann)

Les visiteurs admirant la maison de poupée pour enfants, un igluvigaq et de ses habitants, tous représentés par des os de phoque. L'exposition "Trésors de l'Arctique"  à Thayngen.

Les visiteurs admirant la maison de poupée pour enfants, un igluvigaq et de ses habitants, tous représentés par des os de phoque. L’exposition “Trésors de l’Arctique” à Thayngen. (Photo fournie par Annalise Biedermann)

Sculptures et gravures exposées dans le cadre de l'exposition "Trésors de l'Arctique" à Thayngen.

Sculptures et gravures exposées dans le cadre de l’exposition “Trésors de l’Arctique” à Thayngen. (Photo fournie par Annalise Biedermann)

Nos amis, Martha et Peter Cerny ont également enrichi l’exposition avec diverses belles grandes sculptures de leur propre collection privée (Cerny Inuit Collection à Berne). Au total, nous avons eu 70 sculptures et 100 dessins, des photos et des bandes dessinées ainsi que des livres, des poupées, des vêtements inuits traditionnels et des photos de notre propre collection ou d’amis tels que Hans Blohm.

Affichage de la collection Cerny et de la tapisserie "Combs of our ancestors" (à gauchet). Exposition "Trésors de l'Arctique" à Thayngen.

Affichage de la collection Cerny et de la tapisserie “Combs of our ancestors” (à gauche). Exposition “Trésors de l’Arctique” à Thayngen. (Photo fournie par Annalise Biedermann)

Aussi, l’obtention de “Combs of our ancestors”, cette précieuse et unique tapisserie commandée au Centre Uqqurmiut des Arts et Métiers à Pangnirtung,  était un heureux hasard. Nous étions donc très chanceux.

L’exposition a été présentée qu’une seule fois, mais nous serions ravis de le voir voyager de sorte que plus de gens soient sensibilisés à l’art et à la culture inuits.

Comment l’exposition a-t-elle été accueillie par la communauté?

Il y a eu beaucoup d’intérêt. Plusieurs personnes ont été touchées et sont retournées plusieurs fois pour la visiter.

Une foule nombreuse s’est présentée de façon inattendue pour notre conférence d’ouverture. Il y avait tant de gens que le local que nous avions réservé s’est avéré être trop petit. Miraculeusement, l’église était disponible. Alors tous ont été invités à traverser la rue. Kurt a montré des photos. J’ai fait la narration, en commençant avec un poème d’Alootook, traduit en allemand. En présentant la vie d’Alootook, nous avec transmis la vérité touchante de la situation d’alors et avons ensuite partagé quelques expériences précieuses de vie avec nos amis inuits.

Annalise lors de sa présentation à une grande foule dans l'église de Thayngen.

Annalise lors de sa présentation à une grande foule dans l’église de Thayngen. (Photo fournie par Annalise Biedermann)

Kurt parle de l'île de Baffin avec les visiteurs de l'expositon "Trésors de l'Arctique" à Thayngen.

Kurt parle de l’île de Baffin avec les visiteurs de l’expositon “Trésors de l’Arctique” à Thayngen. (Photo fournie par Annalise Biedermann)

Nous sommes très heureux que notre exposition a été reconnue par la Commission suisse pour l’UNESCO en tant que contribution à l’Année internationale pour le rapprochement des cultures. Cette désignation a – nous pensons – également contribué à attirer un plus grand nombre de visiteurs que ce qui était attendu.

Y a-t-il une œuvre d’Alootook qui a une signification particulière pour vous?

Oui, il y a effectivement une oeuvre en particulier. C’est celle qu’Alootook a fait de notre famille. Dans une lettre, Alootook nous a dit qu’il avait l’intention de la titre «Le repentir d’Alootook”. C’est un dessin tellement triste et significatif. Il a fait cette illustration en se basant sur deux photos de notre famille que je lui avais envoyées. Avez-vous remarqué la croix dans l’océan?

Alootook est décédé peu de temps après avoir terminé cette illustration. Il a finalement été libéré de sa tentation, l’alcool. C’est tellement triste qu’il y ait encore trop de Alootooks là-bas.

Le repentir de Alootook, dessin de Alootook Ipellie 2006. (Collection Hans Blohm)

Le repentir d’Alootook, dessin de Alootook Ipellie 2006. (Collection Hans Blohm)

Quelle a été votre expérience la plus singulière en ‘Arctique?

Kurt et moi étions seuls dans la maison d’un ami lors d’une tempête. Le vent était si fort que la maison tremblait. Même de grands contenants qui étaient utilisés comme abris ont été emportés. Nous comprenons pourquoi certaines maisons ont de gros fils métalliques autour d’elles pour empêcher le toit de s’envoler!

Maison à Pangnirtung avec toit étant détenu par des fils métalliques. Photo par Annalise Biedermann, Juin 2013.

Maison à Pangnirtung avec toit étant détenu par des fils métalliques. Photo par Annalise Biedermann, Juin 2013. (Photo fournie par Annalise Biedermann)

Lorsque vous êtes dans le Nord, y a-t-il quelque chose du Sud qui vous manque?

Non!

Lorsque vous êtes dans le Sud, y a-t-il quelque chose du Nord qui vous manque?

Les gens, leur gentillesse, leur culture, le paysage, …

cène près de Pangnirtung. Photo par Annalise Biedermann, Juin 2013.

cène près de Pangnirtung. Photo par Annalise Biedermann, Juin 2013.

Quelle est une fausse idée que les gens du sud ont envers l’Arctique?

Que les Inuits vivent encore dans des igloos et qu’ils boivent de l’alcool en raison de l’obscurité. Encore aujourd’hui, beaucoup de gens du Sud ne savent pas ce qui se passe au-dessus de la ligne des arbres.

Qu’est-ce qui vous incite à continuer à retourner en Arctique?

Les gens. Je ne m’y sens pas comme une étrangère. Je me sens vraiment chez moi. Ils partagent beaucoup avec moi. J’apprends beaucoup juste en les regardant et en les observant. Ils me donnent tellement par leur confiance.

La vie est très difficile pour un trop grand nombre d’entre eux, mais en même temps, on trouve des sourires chaleureux tout autour.

Il y a tellement de sérendipité dans le Nord!

Annalise avec son amie Annie lors de sa visite à Iqaluit en juin 2013. Annalise ne joue pas d'accordéon, mais peu importe! Elles ont eu tellement de plaisir et ont ri si fort!

Annalise avec son amie Annie lors de sa visite à Iqaluit en juin 2013. Annalise ne joue pas d’accordéon, mais peu importe! Elles ont eu tellement de plaisir et ont ri si fort! (Photo fournie par Annalise Biedermann)

Merci, Annalise, pour une discussion si édifiante. Que votre passion, à vous et Kurt, continue de croître. J’attends avec impatience le jour où je rencontrerai Kurt en personne.
France

1 comment to Annalise et Kurt Biedermann: Une passion sans cesse croissante pour l’Arctique et les Inuits

  • Pitro

    Quelle belle âme que cette dame!

    Récit très émouvant qu’elle a bien voulu partager
    avec nous. On apprend ainsi à mieux connaître les gens
    du Grand Nord.

    Espérant que son exposition pourra faire le tour du monde

    Un grand merci

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