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Judith Varney-Burch et sa passion pour l’art inuit

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English version of this post.

En janvier 2010, lors du salon Aurores Boréales qui se tenait à Montréal, j’ai eu l’immense plaisir de faire la connaissance de Judith Varney-Burch, spécialiste d’art inuit, conférencière, curatrice, propriétaire de galeries d’art, collaboratrice à la recherche au Smithsonian Arctic Studies Center et membre honoraire du conseil d’administration du Nunavut Arts and Crafts Association, rien de moins!! Le temps d’un après-midi, j’ai eu l’opportunité d’être son chauffeur privé. Quel plaisir ce fut de pouvoir découvrir en sa compagnie la collection d’art inuit de la Guilde canadienne des métiers d’art.

Depuis 25 ans, Judith parcours le Grand Nord canadien, et plus spécifiquement le Nunavut, à la découverte du peuple inuit et de son art. Elle y a créé des liens serrés avec les artistes et se considère bénie d’avoir côtoyé ce peuple si attachant. Son plus grand bonheur est de faire tout ce qu’elle peut pour faire rayonner leur art aux quatre coins de la planète. Judith est la curatrice de l’exposition Culture on cloth (Culture sur étoffe), une collection de 19 tapisseries par des artistes de Baker Lake, Nunavut. Depuis 2002, l’exposition a voyagé dans plus de 14 pays et son catalogue a été traduit en 12 langues. Au moment où j’écris ces lignes, l’exposition est sur le point de quitter le Costa Rica en direction du Paraguay où elle sera intégrée aux célébrations du bicentenaire du pays ainsi qu’à celles de la Journée internationale de la femme, le 8 mars. Ensuite, elle prendra la route de l’Argentine et sera vue à Neuquén, en Patagonie, avant d’être installée à Buenos Aires.

Tout récemment, le photographe Gaston Lacombe, a créé un admirable vidéo intitulé “I See Them in Their Art” (Je les vois dans leur art) dans lequel Judith témoigne de sa vie et de sa passion pour l’art inuit. Nous n’aurions pu trouver une meilleure opportunité pour débuter notre série d’articles visant à vous présenter des Mordus du Grand Nord! Sans plus attendre, voici donc le vidéo dans sa version originale en langue anglaise. Un sommaire en français est fourni ci-dessous. Un grand merci à Judith et Gaston de nous permettre d’utiliser leur travail.

Judith, à toi la parole!
France

Sommaire du témoignage de Judith Varney-Burch

J’ai grandi dans la petite ville de Kewanee (13,000 habitants) dans l’état de l’Illinois. Pour une raison ou une autre, mon intérêt pour les différents types de personnes et les différentes cultures a toujours eu beaucoup d’importance dans ma vie.

J’ai été impliquée dans le milieu des arts ainsi que guide dans un musée de Wilmington au Delaware, une expérience spectaculaire, où j’ai appris beaucoup plus durant ma période de formation que durant les 4 années passées à l’université Duke (où Judith a étudié en sociologie).

Au Virginia Museum of Fine Arts (Musée des beaux-Arts de la Virginie) à Richmond, j’ai été un docent (titre utilisé par les institutions américaines pour les éducateurs, généralement bénévoles, qui ont été formés dans le but de faire avancer les connaissances de leurs collections culturelles ou historiques auprès du public). Ils m’ont demandé de devenir conférencière et de développer une série de conférences mensuelles, dont une sur l’art Hindou. “Mais je ne connais rien à l’art Hindou”, leur ai-je répondu. “Ce n’est pas grave! Personne d’autre n’y connaît rien donc vous allez apprendre!” m’ont-ils répondu. J’ai donc acquiescé à leur demande. S’en est suivi une conférence sur les tapisseries européennes, … C’est devenu une merveilleuse expérience éducative.

Il y a environ 25 ans, je suis entrée en contact avec l’art inuit pour la première fois dans une galerie d’art à Lunenburg en Nouvelle-Écosse. J’ai acquis quelques morceaux que j’ai ensuite montré à des amis une fois de retour à Richmond. Je voulais savoir ce qu’ils pensaient de cet art qui m’apparaissait totalement différent et inusité. Tous étaient aussi intrigués que moi. Je me suis donc mise à faire quelques appels, à la section de l’art inuit du département des affaires indiennes et du nord, à la revue Inuit Art Quarterly, à Dorset Fine Arts, etc. Les portes se sont ouvertes très rapidement.

Lors d’un séjour à Montréal, j’ai contacté Maria von Finckenstein (curatrice de l’art inuit au département des affaires indiennes et du nord, qui deviendra, par la suite, la curatrice de l’art inuit contemporain au Musée canadien des civilisations) dans le but de céduler une rencontre afin de voir les oeuvres que son département possédait et d’en apprendre plus sur l’art inuit. Mme von Finckenstein savait qu’elle était dans le pétrin lorsque je lui a répondu que le blizzard qui sévissait ne m’empêcherait pas de me rendre à Ottawa pour notre rencontre du lendemain.

J’ai regardé les oeuvres et les trouvais fascinantes! Je voyais bien que l’art est le lien entre la population inuite et son territoire mais le fait de n’y avoir jamais mis les pieds me faisait croire que je ne pourrais pas réussir. Avant d’abandonner, Mme Von Finckenstein m’a proposé de m’offrir une bourse afin que je puisse me rendre dans le Grand Nord canadien. Je croyais qu’une telle bourse était accordée uniquement à des jeunes. Hey non! Trois mois plus tard je parcourais l’Arctique canadien.

Les expériences que j’y ai vécues étaient tout simplement incroyables. Je me souviens de l’accueil si chaleureux de la population. À Cape Dorset j’entrais dans les demeures et je discutais avec eux des enfants, de leurs familles, d’accouchement et je les ai même accompagnés lors de voyages de chasse. À Baker Lake, un chasseur m’a fait le commentaire comme quoi je devais terriblement m’ennuyer! Tellement pas!, lui ai-je répondu. Je me considère bénie d’avoir côtoyé ces superbes individus et je vais continuer à faire tout ce je peux pour les supporter et dire au reste de la planète à quel point les inuits sont des gens si spéciaux. Je ne peux tout simplement pas m’arrêter.

L’art inuit a une qualité qui est viscérale. Au travers d’une oeuvre, je vois l’histoire du Nord. Les sculptures, estampes et tapisseries sont toutes distinctes. C’est tellement difficile de l’exprimer en mots. Les estampes sont beaucoup plus ésotériques que les tapisseries et que les sculptures, du moins, dans certains cas. Elles nous racontent beaucoup à propos du shamanisme (pratique inuite spirituelle par laquelle un leader, appelé shaman, communique avec les esprits de la nature, l’âme des animaux et des personnes disparues, afin d’obtenir des réponses ou de demander des faveurs).

Il y a tellement de variations entre les artistes d’estampes. Il ne fait aucun doute que Jessie Oonark est le plus grand artiste graphique que l’Arctique ait jamais eu.

J’adore le travail de Françoise Oklaga. C’est tout simplement magnifique! Ses oeuvres étaient accrochées dans ma cuisine à Richmond.

Kananginak Pootoogook était qualifié de “Audubon du Nord” (en référence à Jean-Jacques Audubon, un ornithologue, naturaliste et peintre américain d’origine française, considéré comme le premier ornithologiste du Nouveau-Monde).

Kenojuak Ashvak avec ses figures flottantes qui donnent un aspect si différent.

Ma collection de Culture sur étoffe est composée de 19 tapisseries d’artistes inuits de Baker Lake, dont la plupart sont aujourd’hui décédés. Les oeuvres sont visuellement accessibles à tous. L’exposition, qui a débuté à l’ambassade canadienne à Washington, D.C. en 2002, a depuis voyagé aux quatre coins de la planète (dans 14 pays dont le Mexique, le Costa Rica, le Guatemala, le Japon, la Corée, la Chine, la Mongolie, l’Inde, la Russie, la Lettonie, la France et l’Argentine). Son catalogue a été traduit dans 12 langues.

Je ne sais même pas comment coudre un bouton!! Je serais la pire personne pour créer de telles oeuvres.

Je possède une autre collection de 20 tapisseries qui est maintenant complète. J’aimerais qu’elle aussi voyage sur un trajet circumpolaire (Islande, Groenland, Iles Faroe, Norvège, Suède, Sibérie, Nunavut, Territoires du Nord-Ouest, Yukon, Alaska) pour se terminer au Smithsonian. Mon souhait le plus cher serait qu’elle soit, par la suite, acquise par un musée.

À travers tout ça, je suis la personne la plus chanceuse d’avoir pu promouvoir ces objets mais je ne les ai pas créés. Je ne suis pas inuite. Je ne suis pas du Nunavut. C’est toutefois une expérience hors du commun. Mon rôle se limite à parler et à manger 😉

En 2008, j’étais à Ottawa pour le congrès Aurores Boréales où on m’avait demandé de prononcer une conférence. J’étais la seule personne “sans titre” parmi tous ces conférenciers, majoritairement des hommes, haut-placés du milieu gouvernemental, des affaires ou du touristisme. J’ai parlé et je les ai regardés en leur disant que dans 100 ans personne n’aura la moindre idée de qui ils sont! Personne ne va se soucier de leurs corporations, de leurs entreprises. Ce qui importe c’est la culture! L’Art est ce qui traverse les siècles. Regardez en Europe! C’est ce qui traverse les siècles. Ne l’oubliez jamais! C’est beaucoup plus important que ce que vous faites aujourd’hui. L’art doit être supporté autant que possible parce que c’est ce qui dure.

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